JO-Abbey d'Agostino et Nikki Hamblin: Un miracle olympique s'est produit...

 

 

Le monde moderne a besoin d'images comme celles-ci.

La loi du sport est certes impitoyable, mais les voies de l'humanité sont impénétrables : lorsque la Néo-Zélandaise d'origine anglaise Nikki Hamblin s'est pris les pieds dans la piste, lors de la deuxième série qualificative du 5 000 m féminin mardi 16 août 2016 aux Jeux olympiques de Rio, s'écroulant et faisant brutalement chuter avec elle l'Américaine Abbey D'Agostino, on pensait que la messe était dite pour les deux athlètes et que les annales de l'athlétisme allaient enregistrer un épisode cruel comme elles en comptent déjà tant. Rien ne laissait présager le dénouement transcendant de ce moment...

 

Là où on se serait attendu à voir deux athlètes définitivement prostrées et désolées, entre douleur physique et morale de leurs corps meurtris et de leurs espoirs envolés, on a en fait assisté à l'un des moments les plus grandioses de ces JO d'été 2016 : pourtant durement touchée à la hanche et au genou, Abbey D'Agostino s'est vite redressée pour relever sa consoeur étendue sur le sol et tenter de finir la course, en s'entraidant. Il leur restait alors près de 2 000 mètres à parcourir... Mais, trop diminuée physiquement, l'Américaine de 24 ans, 14e mondiale de la distance en 2016, a fini par intimer à la Néo-Zélandaise de 28 ans, qui l'aidait tant qu'elle pouvait, de finir la course sans elle. Nikki Hamblin (15e en 16'43") a finalement franchi la ligne avec près de 30 secondes d'avance sur Abbey (16e et dernière en 17'10"), évacuée ensuite de la piste en fauteuil roulant après une émouvante étreinte avec sa copine d'infortune. Évidemment très loin des places qualificatives pour la finale de l'épreuve. Sauf que leur incroyable solidarité, non contente d'avoir ému le public du stade olympique et les téléspectateurs du monde entier, a également fait vibrer la corde sensible des commissaires de course : ces derniers ont ainsi décidé au vu des circonstances de les qualifier d'office pour la finale, qui sera disputée samedi, à l'instar de la Danoise Jennifer Wenth, que la chute de ses camarades a également pénalisée.

D'Agostino et Hamblin n'y auront vraisemblablement aucune prétention, leur niveau personnel étant assez éloigné des meilleures de la spécialité, mais leur seule présence promet d'offrir une magnifique leçon d'amitié. Les valeurs du sport dans toute leur splendeur.

Cette main sur mon épaule...

Pour sa conduite exemplaire, Abbey D'Agostino s'est attiré un concert de louanges et une admiration unanime. À commencer par celle de Nikki Hamblin, qui ne l'avait encore jamais rencontrée jusqu'alors : "Quand je suis tombée, je me suis dit : "Qu'est-ce- qui se passe, pourquoi je suis à terre ?", a raconté la Néo-Zélandaise. Et d'un seul coup, il y a eu cette main sur mon épaule : 'Lève-toi, lève-toi, il faut qu'on finisse.' Je suis tellement reconnaissante envers Abbey pour ce qu'elle a fait pour moi. Vraiment, cette fille, c'est l'incarnation de l'esprit olympique. J'ai terminé la course, quatre tours toute seule, mais elle, elle a couru quatre tours et demi en étant quasiment plus capable de courir. Je suis tellement impressionnée et inspirée par ce qu'elle a accompli. C'est un moment qu'on ne peut pas oublier. Jusqu'à la fin de mes jours, je me souviendrai de cette fille me secouant par l'épaule..."

Quant au journaliste sportif de Boston Jonathan Gault, qui écrit pour un site de course à pied, il ne s'est pas étonné : "Abbey D'Agostino est l'une des personnes les plus adorables que j'aie jamais rencontrées. Quiconque la connaît n'est pas surpris par ce qu'elle a fait."

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