CAN féminine 2016: Tacles et petits ponts musicaux

 

Le 19 novembre prochain débute la CAN féminine de football au Cameroun. A Yaoundé, la capitale, on a déjà sorti les crampons. Depuis la présentation fin septembre de l’hymne officiel, la polémique fait rage sur les réseaux sociaux. Sous cape, on évoque un titre «plat» et «déconnecté» de la dimension festive de la compétition. Le milieu artistique, lui, joue sa propre partition. Plusieurs groupes ont déjà mis en ligne une composition bis avec l’espoir de faire du bruit dans ce que certains médias ont appelé la «guerre des hymnes».

Dimanche 30 octobre, finale de la Coupe nationale de football dans la capitale camerounaise. La frénésie a pris possession de la ville. Des tribunes du stade omnisports Ahmadou Ahidjo, les cris des supporters parviennent jusqu’aux terrasses des bars, où ceux qui n’ont pu entrer suivent la rencontre à la télévision.

Au même moment, quartier Manguiers, un autre stade s’enflamme. Un modeste terrain, face à la chapelle, coincé entre deux maquis. Ici, c’est terre battue et poteaux improvisés. « C’est là où le football en Afrique prend ses racines », rappelle un imposant gaillard, maillot des Lions sur les épaules. La partie qui se joue entre copains n’a rien du match improvisé. Bien au contraire. Le lieu a été choisi pour le tournage du clip We love football. Un titre composé spécialement pour la Coupe d’Afrique des Nations, version féminine, qui débute le 19 novembre prochain au Cameroun.

Un hymne qui veut porter porter les valeurs du foot

Cet hymne alternatif, c’était l’idée de Samy Manga. Cet artiste touche-à-tout a commencé à écrire les paroles au cours de l'été 2016. « A travers cette chanson, je veux porter les valeurs du foot, sa capacité à rassembler les gens », explique-t-il entre deux séquences de tournage du clip. Le soutien de Manuel Wandji, aka Wambo, artiste et producteur franco-camerounais reconnu et ami de Samy, a permis de concrétiser ce projet : « Tout n’était pas parfait à la première écoute. Mais il y avait ce refrain que je trouvais accrocheur ». Pour Samy, « le foot est un sport où les spectateurs ne sont jamais en "mode slow". Dans l’hymne, il faut qu’on sente l’ambiance du stade. Qu’il y ait des paroles justes, faciles, qui rassemblent. Dans l’hymne choisi, il manque tout ça ».

« L’hymne choisi », une référence à l’hymne officiel, Hommage aux footballeuses, interprété par le duo camerounais Charlotte Dipanda et Richard Kings. Présenté en grande pompe le 18 septembre dernier au Palais des Sports de Yaoundé, il est depuis l'objet de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux : « plat », « trop long », « trop compliqué », « pas assez fédérateur ». « Il faut un message pour accueillir les équipes et les supporters d’autres pays, pas pour faire la promotion du Cameroun », lance Samy.

Les dés étaient pipésd'avance?

Le recours aux instrumentistes de l’Opéra Garnier et non à des professionnels camerounais est notamment critiqué. A la veille du coup d’envoi de la CAN, une compétition a lieu sur les plateformes de vidéos en ligne. Chaque groupe y va de sa composition : le collectif Macase avec « Les Amazones », « Our Game » de Awu et Gaelle Achiri, « Follow Me » de Stanley Enow... La liste est longue et la presse locale parle, avec une pointe d'ironie, de « guerre d’hymnes ».

A l’instar de Samy, la plupart avaient candidaté à l’appel à projet du ministère des Sports et de l'Education Physique. Aucun des hymnes en lice n’a été retenu. En coulisses certains pensent que les dés étaient pipés. Ce que dément l’un des membres du jury de sélection, qui souhaite rester anonyme : « Le niveau n'était pas vraiment bon. Seuls deux étaient passables », précise-t-il. « Depuis le début, je pensais que l'appel à candidatures était une erreur. Pour un événement de cette envergure, il aurait fallu passer commande à un artiste camerounais de renommée internationale ». C'est finalement ce qu'il s'est passé avec Charlotte Dipanda et Richard Kings.

« Le foot c'est un sport populaire. Nous voulions faire un clip et un son populaires », résume Wambo. Samy et son équipe ont bon espoir que leur titre sera repris dans les rues de la capitale, voire au-delà. « On va diffuser le clip partout où ce sera possible. Sur les chaînes du câble, sur Trace Africa, Canal2, EquinoxeTV, etc, lâche Sofric Blaz, le manager du projet. Comme pour les autres artistes avec qui je travaille, on va lancer notre hymne sur les radios et dans les bars. A Yaoundé, mais aussi à Douala (capitale économique) et Bamenda (chef-lieu de la région du Nord-Ouest). Si le public accroche, ça deviendra viral. » De quoi se mettre dans le bain et dans le rythme pour un éventuel deuxième opus : la CAN masculine au Cameroun, c’est en 2019.

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