Entretien Exclusif avec Harouna Seck responsable de l'Apr à Matam: «Matam est bel et bien affecté par le chômage» 

 

Propos recueillis par Ibrahima DIA

Le landerneau politique dans la région de Matam continue de faire parler de lui. Le feuilleton continue après les législatives et en direction de la prochaine présidentielle de 2019. A ce propos nous avons rencontré Harouna Seck, responsable de l’Alliance pour la République (Apr), en charge de l’emploi dans la région de Matam (Nord), qui évoque ici le chômage dans la zone et n'a pas manqué de se prononcer sur la situation politique du pays en général et de la présidentielle de 2019.

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En tant que responsable de l’Alliance pour la République (Apr) à Matam (nord), vous êtes en charge de l’Agence pour l’emploi des jeunes, avez-vous une idée du taux de chômage dans cette région ?

HAROUNA SECK

Cette région a beaucoup de jeunes et une densité de la population mais comme à l’image du Sénégal où nous avons un indice de chômage d’environ de 13%, Matam est aussi affectée. Cela est dû aux manques d’infrastructures et l’absence de sociétés et d’entreprises qui recrutent des jeunes basés en milieu rural. Nous notons également un manque de politique d’emploi pour prendre en charge ces jeunes. Au niveau national, chaque année, plus de 200.000 jeunes tapent à la porte de l’emploi et donc ce phénomène n’a pas épargné Matam. Sur les 200.000 demandeurs d’emplois, il n’y que 60.000 qui sont recrutés par les entreprises.

Quelles sont les initiatives que vous avez prises pour apporter des solutions à la problématique de l’emploi ?

Le Directeur de l’agence nationale pour l’emploi des jeunes (Anpej), Amadou Lamine Dieng que nous félicitons pour sa vision, a mis en œuvre depuis 2014 des antennes régionales à Saint-Louis (Nord), Kaolack (Centre), Ziguinchor (Sud), entre autres. Avant cette initiative du Directeur, tous les services de l’emploi étaient centralisés à Dakar. A Matam, nous avons un bureau qui prend en compte les problèmes liés à l’emploi. Entre autres activités, nous avons mené plusieurs animations économiques dans différentes communes de la région telles que Dabia, Agnam, Hamady Ounaré, Kanel, Loumbeul Samba Abdoul, etc.

Ce n’est non seulement pour les inscrire dans les bases de données de l’Anpej mais également les sensibiliser sur le volet de l’entreprenariat. Nous nous sommes rendus compte qu’il n’y pas suffisamment d’entreprises qui peuvent enrôler les jeunes, raison pour laquelle nous nous sommes orientés vers l’entreprenariat.

Depuis votre installation dans la région, combien de jeunes ont sollicité vos services ?

Nous nous sommes installés récemment, cela ne fait pas encore quatre mois mais nous avons déjà inscrit plus de 300 jeunes et plus de 200 plans d’affaires montés qui sont des projets rentables et génératrices de revenus. Parmi ces 200 projets, nous avons fait une sélection et d’ailleurs le 11 septembre passé, nous avions un comité régional de sélection de projets sous la supervision de l’adjoint au gouverneur, chargé du développement et avec tous les chefs de service de la région. Nous avions une somme de 100 millions F CFA avec laquelle nous avons retenus 81 projets qui sont rentables économiquement et les plus valables pour les trois départements de la région. C’est une première dans la région, nous avons également un centre informatique avec le recrutement de trois jeunes qui ont déjà démarré leurs activités en vue de former d’autres dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication mais dans une perspective de création d’autres emplois.

Est-ce que les jeunes qui viennent chercher de l’emploi ont une qualification ?

Beaucoup d’entre eux n’avaient pas une formation, c’est pourquoi nous avons organisé deux séances de formation. Nous avons en tout formé 170 jeunes en entreprenariat et en technique de recherche d’emploi. En plus de la formation, nous avons mis en place la ferme aquacole de Matam en partenariat avec la FAO. Par ailleurs dans la commune de Matam et celle de Kanel, nous avons mis en place des kiosques informatiques appelées "icom service" avec trois jeunes qui sont enrôlés d’une manière permanente.

Vous avez parlé des infrastructures et récemment, un accident de la route a fait trois morts et plusieurs blessés. Les populations dénoncent l’état défectueux des routes, que comptez-vous faire pour les soulager ?

Tout d’abord nous présentons nos condoléances aux familles éplorées et souhaitons un rétablissement aux blessés. Nous regrettons cet accident de plus mais quand même nous avons l’espoir dans la mesure où le président Macky Sall s’est déplacé jusqu’à Matam en mars pour lancer la reconstruction de la route  Ndioum-Ourssogui et Ourssogui-Bakel. Le problème majeur des accidents est lié à la l’indiscipline. Les chauffeurs doivent s’armer de prudence car avec l’accident qui s’était produit, il y’ avait un excès de vitesse.

Après le remaniement du gouvernement, plusieurs cadres de votre parti se sont révoltés du choix du président pour ne pas être reconduit dans la nouvelle équipe. Ont-ils raison de manifester leur colère ?

Je pense que non car le président a le pouvoir discrétionnaire de nommer quelqu’un à un poste de responsabilité. Je le dis haut et fort car au moment où il nommait ces responsables, il y’avait d’autres cadres du parti qui étaient laissés en rade parce que choisir c’est éliminer. Normalement, il ne devrait pas y avoir de bruits. Ce sont des actes à dénoncer qui n’honorent pas la dignité humaine. Ce n’est pas une bonne attitude et nous avons l’habitude de dire ministre d’une telle région ou de tel mouvement politique, ce n’est pas républicain. La volonté républicaine, c’est de mettre des hommes qu’il faut à la place qu’il faut dans des postes de responsabilités pour mener à bien la vision du président dans le cadre du Plan Sénégal émergent (Pse).

Justement que pensez-vous de la nomination de Aliou Sall à la direction de la Caisse des dépôts et consignations ?

La nomination d’Aliou Sall, je le prends d’une manière simple et peut être que j’irai loin. Etant un sénégalais diplômé et qui a une vision et promu à un poste de responsabilité, un citoyen lamda comme tous les autres, on peut le nommer. Il y’avait des élections locales auparavant et il a été élu maire de Guédiawaye (banlieue dakaroise) et a donc une grande responsabilité de gestion d’une grande ville.

Donc vous n’êtes pas pour la nomination d’Aliou Sall ?

Un citoyen a droit à tous les postes de responsabilité et il mérite une récompense politique parce qu’il s’est investi, il a accompagné le président de la République mais si cette nomination devrait créer un tollé et faire sortir certains militants ou diminuer la force de l’Alliance pour la République (Apr), ou penser à une gestion familiale du pouvoir, j’allais le mettre à côté et lui trouver quelque chose. A la place du président, je n’allais pas nommer Aliou Sall à la direction de la Caisse des dépôts et consignations, je le dis haut et fort parce que cela pourrait nuire l’élargissement des bases du parti. Il est maire de Guédiawaye, il a une grande gestion, il est le président des maires du Sénégal, c’est extrêmement suffisant. Il y’a plusieurs autres jeunes ou cadres du parti qui peuvent occuper la direction de la Caisse des dépôts et consignations.

La Coordination de la jeunesse républicaine (Cojer) est secouée par des luttes internes. Pouvez-vous nous parler de ce qui passe au sein de cette structure de votre parti ?

Les batailles rangées au sein de la Coordination de la jeunesse républicaine (Cojer) ne sont que des batailles de positionnement. Aujourd’hui on parle de Cojer Nouvelle dynamique qui est aussi membre de celle de l’ancienne dynamique, si je peux m’exprimer ainsi. Ils étaient tous derrière la coordinatrice nommée par le président de la République. Si le président dans sa vision a choisi Thérèse Faye Diouf, naturellement la discipline du parti impose que l’on accepte ce choix. Jusqu’à la preuve du contraire, je n’ai pas vu la démission de la coordonnatrice de la Cojer. Personnellement, je souhaite que toutes les structures du parti soient remises en selle car il y a beaucoup de léthargie, de guéguerres, de batailles de positionnement. Il est temps que le président remette de l’ordre dans le parti car lui seul détient le pouvoir. Si Thérèse sait avec tout ce qu’elle a fait dans le parti, elle ne peut plus continuer, elle n’a plus la capacité politique, la force politique de mener à bien les activités du mouvement de la jeunesse, elle n’a qu’à le dire d’une manière ouverte et que le parti prenne ses responsabilités.

Pensez-vous qu’elle (Thérèse) n’est plus en mesure de diriger la Cojer ?

J’ai toujours dit que le mouvement de la jeunesse nationale ne se limite pas à Dakar, il y a beaucoup de jeunes dans les régions et les départements les plus reculés qui aiment le président et le soutiennent mais ils sont exclus des instances de décision de la Cojer, ils ne se sentent pas membres de cette structure. Que ce soit Thérèse ou un autre pour gérer le mouvement jeune de l’Apr, celui-ci doit faire un travail inclusif, une bataille participative pour rassembler les jeunes autour de l’essentiel mais ce travail de rassemblement manque dans le parti.

 A moins de deux ans de la présidentielle de 2019, êtes-vous prêts ?

Avec la coalition Benno Bokk Yaakaar (Bby), nous avons confiance.

Et sans cette coalition ?

Nous avons une coalition qui existe et qui sera pérenne. Nous avons gagné largement les législatives même s’il y’a eu des pertes dans quelques départements et communes. Il faut savoir que le coefficient du président de la République est largement supérieur aux coefficients des partis politiques. Avec une forte cohésion de la coalition Bby et que si tous les responsables politiques mouillent le maillot, la réélection du président sera même assurée au premier tour.

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