Sénégal-Tambacounda-Production nationale de banane: Mamadou Oumar Sall, le roi incontesté de la filière

 

Par Abdou DIEYE (Actu24, TAMBA)

Le secteur de la banane qui est en train de prendre son essor grâce aux productions record qui y sont notées ces dernières années, connait des difficultés dont la solution contribuerait grandement à l’atteinte de l’autosuffisance tant souhaitée, à la création d’emplois et à la sauvegarde de l’environnement. 

Mamadou Oumar Sall, grand agriculteur et gros producteur de banane avec plus d’un demi-millier d’hectares de terre emblavés dans les départements de Tamba et de Vélingara, joue grandement sa partition pour une atteinte de l’autosuffisance en banane tant souhaitée par les autorités centrales et un développement du secteur dont il est aujourd’hui le roi incontesté. Grâce à ses exploitations familiales de type modernes comme l’atteste le ministre de l’agriculture qui a récemment visité ses périmètres dans l’arrondissement de Missira, l’homme emploie plus d’un millier de bras (1.300 hommes et femmes confondues) et produit prés de ¾ de la production nationale en banane estimée à quelques 32 mille tonnes.

De  teint clair et de grande taille avec une tête tout le temps recouverte d’un chapeau,  Mamadou Oumar Sall,  ce Al pulaar bon teint  et natif de la région de Tambacounda, la cinquantaine dépassée, est aujourd’hui incontestablement le roi de la filière banane. Très avare en parole et grand bosseur, le travail est pour lui un sacerdoce, témoigne ses proches. Grand commerçant dans la région, il est aussi devenu aujourd’hui, un gros producteur agricole.  Cependant, la banane n’est  pas la seule spéculation que produit ce grand propriètaire terrien. Outre la banane, ce sont des centaines d’hectares de terres qui sont emblavés pour la culture du maïs et de l’arachide (150 ha de chaque côté) pour permettre de diversifier les sources de revenus des ouvriers agricoles qu’il emploie. L’élevage et le commerce sont aussi des secteurs d’activités qui ne laissent pas indifférent le roi de la banane, même s’il faut noter aussi qu’à ses heures perdues, il se livre dans le terrain politique pour travailler pour le président Macky Sall pour qui d’ailleurs, il avait dirigé sa liste lors des locales passées.  A l’entrée de son domaine, ce sont de grands  taureaux et de grandes vaches qui vous accueillent pour vous dire qu’ici aussi, il s’y pratique l’élevage.

Trouvé dans son quartier général sis au quartier Garage Kothiary sur la route nationale N°1 en allant vers Bakel, à quelques encablures du camp des agents du parc national du Niokolo Koba dont un mur mitoyen le sépare des bérets verts, l’homme a raconté au journal Le Quotidien comment le virus de la banane l’a mordu et fait quitté des bureaux climatisés pour  les brousses de Missira et de Vélingara qu’il fréquente régulièrement depuis lors.

Comment la culture de la bane m’est venue à l’idée ?

Etant commerçant et fréquentant trop souvent le port de Dakar, j’avais remarqué combien le flux des   importations de la banane de la cote d’ivoire était important. A chaque fois que je me rendais au port, je constatais qu’un nombre important de containers de bananes, d’oranges et de pommes se déchargeait au port de Dakar et souvent en provenance de la Côte d’ivoire. Je me suis dit qu’il fallait investir le secteur et essayer d’inverser la tendance. J’ai décidé de chercher des terres et de commencer la culture de la banane, en sus de mes activités commerciales.  C’est en 1995 que j’ai cultivé pour la première fois de la banane. « J’avais en son temps emblavé 15 ha », se remémore Sall. L’année d’après poursuit Mamadou Sall, j’ai ajouté 5 nouveaux hectares de terres à mes plantations. Depuis lors, je n’ai plus quitté la culture de la banane même si, précise-t-il, d’autres spéculations sont aussi associées à la banane, histoire de diversifier les sources de revenus des ouvriers agricoles et les permettre aussi d’avoir une culture de subsistance. Aujourd’hui, nous sommes à plus d’un demi-millier d’hectares de surface de banane cultivés, se félicite-t-il. Dans le département de Tambacounda précisément dans le Missira et à Dialacoto et aussi dans le Kolda, à Bonconto, Sinthian Koudara et Wassadou, ce sont les localités où se trouvent mes champs.

Au début c’était très difficile. Nous arrosions de manière artisanale et très péniblement. Il fallait se lever tôt le matin pour pouvoir arroser une assez significative superficie. La volonté y était mais, les moyens posaient problème. Actuellement ça va mieux grâce aux mini asperseurs que nous utilisons. « On gagne en temps et en énergie », explique le patron de la filière.

2003, l’année noire de la filière.

L’année 2003 va continuer d’être encrée dans les mémoires des producteurs de banane. C’est durant cette année que la plus grosse perte a été enregistrée dans le secteur se rappelle encore sall. L’esprit hagard, il fixe le ciel avant de laisser entendre que toutes les cultures ont été emportées par les eaux. Aucun champ ou périmètre n’a été épargné. Tout était retrouvé sous les eaux, même les maisons construites par les agriculteurs n’ont pas étaient épargnées. L’année 2005 et celle de  2007 ont aussi été douloureuses et difficiles.  Durant ces deux périodes aussi, des pertes énormes ont été notées dans le secteur de la banane mais jusque-là pas comme celle de 2003.

Les difficultés.

Le secteur bien qu’étant en  essor connait de sérieuses difficultés. Il ne se passe pas une seule année où les vents ne nous causent pas des dommages. A chaque saison, la furie des vents nous emporte beaucoup de nos plantations. Et, il n’y a pas moyens de se parer contre les vents. Outre les vents, le manque de moyens est là. Des stations de conditionnement, des chambres froides, des moyens pour faire face aux pertes post-récolte, entre autres. Le problème du prix est aussi un véritable frein. Le manque de moyens pour produire de la banane en  quantité suffisante et surtout en qualité pose un sérieux défis.  La loi du marché est aussi là. La concurrence est rude et notre banane n’a pas souvent le même prix que celle produite en Côte d’ivoire.

1.300  emplois générés.

La région de Tambacounda produit aujourd’hui prés de 90% de la production nationale de banane. Si cela est possible, c’est en partie dû aux exploitations familiales mises en place par  Mamadou Oumar sall. Le ministre de l’agriculture qui visitait ses champs il y a de cela quelques temps soutenait que les que les exploitations familiales de Mr Sall sont modernes et doivent servir d’exemple dans le pays.  Ici, les espaces sont bien structurés et sont en quête de compétitivité et de qualité, se réjouissait Papa Abdoulaye Seck. Mieux, continue le ministre,   les exploitations sont de type  moderne,  parce qu’utilisant les innovations technologiques, un capital humain important, et faisant tout pour se rapprocher des standards de compétitivité et d’excellence, renchérit le patron de l’agriculture sénégalaise. C’est pourquoi, conseille-t-il, il faut que l’exemple du « roi » de la banane soit copié par les autres agriculteurs. Et cela contribuerait grandement dans l’atteinte de l’autosuffisance en banane dans le pays et dans la recherche de la qualité, martèle le docteur Papa Abdoulaye Seck.

Outre les tonnes de bananes qu’il produit et met dans le marché, le roi est aussi une véritable machine à créer des emplois. Dans ses exploitations, plusieurs dizaines de bras y travaillent, s’activent  et gagnent leur vie, à la sueur de leur front. Il constitue un moyen efficace de lutte contre le chômage surtout celui des jeunes, eu égard aux nombreux bras valides qu’il emploie et rémunère. Beaucoup de jeunes parviennent tant bien que mal à se prendre en charge grâce aux revenus tirés des activités  de la banane, expliquent des ouvriers agricoles recrutés par Sall et rencontrés lors de la tournée du ministre. Un de ses nombreux employés interrogé, répond, nous-mêmes qui travaillons ici ne pouvons pas vous dire avec exactitude, le nombre d’employés qui se déploient dans les plantations. « Tout ce que je peux vous dire, c’est que nous sommes très nombreux à y travailler », explique l’employé. Cependant, poursuit-il couvert de l’anonymat, « nous y trouvons notre compte car, grâce aux revenus tirés de la vente de la spéculation, nous parvenons à satisfaire nos besoins et gérer nos familles respectives ».

Interrogé sur le nombre d’employés qu’il utilise dans ses différents périmètres, il soutient qu’ils sont 1300 personnes (hommes et femmes confondes), qui s’activent dans ses plantations. Il précise que les femmes sont généralement dans les stations de conditionnement et les hommes dans les plantations.

L’autosuffisance, une chose bien possible.

Emmitouflé dans son joli caftan basin jaune poussin, sa position sur l’atteinte de l’autosuffisance est claire et connue. « C’est une chose bien possible et bien réalisable », soutient-il. Nous avons les 4 choses les plus importantes pour la réussir et qui sont, la terre, le soleil, l’eau et la volonté politique. Cependant, il va falloir que l’état mette à nos dispositions les terres et nous accompagner dans la modernisation du secteur en nous dotant de moyens matériels et techniques suffisants et de bonnes qualités.

Si nous avons 1000 ha de terres  à notre disposition, nous pourrons employer 3 mille personnes dont 2 mille hommes et, 1000 femmes dans les stations de conditionnement. Mieux, poursuit le roi de la filière, les 3 milles personnes employées pourront travailler pendant 30 ans sans avoir à bouger et cela participerait à la création d’emplois et contribuerait dans la lutte contre la déforestation donc, à une sauvegarde de l’environnement, explique Mamadou Oumar Sall.

 

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