Sénégal-Deux projets cinéma sur la jeunesse: Motivations, grandes lignes, autoproduction ou coproduction

 

S’il y a un lien entre les deux projets sénégalais qui ont retenu l’attention de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) lors de la dernière édition du Fespaco, c’est qu’ils s’intéressent tous les deux à la jeunesse : «Wala Bok», de la réalisatrice Fatou Kandé Senghor, et «Ndawu Tay, Maggu elek» de Pape Abdoulaye Seck. Si le premier devrait aller à la «chaîne la plus intéressée, de préférence à une chaîne nationale», le second sera quant à lui une autoproduction, ou à la rigueur une coproduction. Pape Abdoulaye Seck dit à ce sujet qu’il n’a pas l’intention de laisser son projet entre les seules mains d’un producteur. 

Très connue des milieux hip hop au Sénégal, au point d’en avoir fait un livre, «Wala Bok, une histoire orale du hip hop au Sénégal», publié en 2015, en toute légitimité dirait-on, mais «sans prétention» disait-elle, Fatou Kandé Senghor reste dans le ton, et dans l’esprit, avec cette série documentaire qu’elle nous prépare, «sur fond de hip hop» là encore, et avec quasiment le même titre que son bouquin de 304 pages: «Wala Bok», pour ne pas changer. La réalisatrice et photographe, entre autres casquettes, s’en explique très bien d’ailleurs: «Ce sera une super série sur la jeunesse, sur fond de hip hop bien sûr, parce que c’est ce qu’on est. A mon âge, on a l’âge du hip hop, et il faut forcément qu’on lui rende ce qu’il nous a donné.»

De la gratitude, oui, mais pas que, car la série chercherait aussi à «offrir une plateforme», aux jeunes comme aux adultes, «pour parler de cette banlieue» où plus d’un million de Sénégalais rentrent tous les soirs. Fatou Kandé Senghor, qui part du principe qu’ «un Sénégalais sur deux a 18 ans, ou moins», estime qu’il faut à la fois «penser cet espace et penser la population qui l’habite, et les jeunes en particulier». 

En termes de «rupture», de la «galère» des mères à celle des «gosses (qui) grandissent seuls», pour ne pas dire qu’ils sont livrés à eux-mêmes, et le hip hop, dans cette histoire, devrait justement permettre d’aborder cette cassure-là. «Wala Bok», la série, nous fera voir les choses, avec les yeux de Salla, du nom de cette jeune fille de 16 ans, «extravertie», «sérieuse» et plutôt douée pour les études. 

Derrière cette adolescente, il y a une mère-courage, qui «la nourrit grâce à son étal au marché», en plus de lui avoir insufflé cette confiance en elle. Salla, dit encore Fatou Kandé Senghor, ne rêve pas vraiment de «sortir sa famille de son ghetto», non seulement parce qu’elle n’en est pas «responsable», mais aussi parce qu’elle «ne peut pas porter quelque chose d’aussi lourd». Salla rêve d’autre chose: «être libre, ne plus être cette petite fille du ghetto», aller-au-delà de «ces frontières physiques» mais sans doute aussi au-delà de cette «frontière mentale» qui ferait des filles une sorte de «deuxième catégorie». 

Sur un format de 26 minutes pour chacun des 30 épisodes de la première saison, «Wala Bok» fait partie des projets qui ont retenu l’attention de l’Organisation de la Francophonie (Oif), pendant la 25ème édition du Festival panafricaine du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (Fespaco). Et disons que le jury se sera laissé séduire par son pitch, ou son petit résumé, qui a d’ailleurs valu à la réalisatrice le premier prix.

Argent des privés, ou autoproduction

Fatou Kandé Senghor, qui a annoncé qu’elle commencerait par un «premier pilote», et qu’elle lorgnait du côté des «privés», souhaiterait, nous a-t-elle fait comprendre, que son film soit «financé, pour une bonne part, par des Sénégalais, qui ont de l’argent à donner. (Parce que) cette série va permettre à toutes sortes de jeunes réalisateurs d’y réaliser leurs premiers épisodes, et à des scénaristes de sortir du buisson ». Quand on sait, dit-elle, que «le scénariste n’existe quasiment plus dans la chaîne, alors qu’il est tellement nécessaire». 

Ce n’est pas le seul pitch sénégalais à avoir retenu l’attention du jury, qui s’est aussi laissé tenter par un autre projet sur la jeunesse, 3ème prix dans la catégorie documentaire, celui du réalisateur Pape Abdoulaye Seck : un long métrage intitulé «Ndawu Tay, Maggu elek», (Jeunes d’aujourd’hui, adultes de demain).

«L’idée, dit le réalisateur, c’est vraiment d’aller à la rencontre de la jeunesse africaine d’aujourd’hui, la jeunesse sénégalaise en particulier, et voir un peu l’état de cette jeunesse. Cette jeunesse qui est souvent dans des pays où tout ce qui les concerne se décide sans elle, voilà ce qui m’a motivé».

En termes de format, Pape Abdoulaye Seck annonce 52 minutes et 1h30, donc «format télé» et «format cinéma». Pour le premier épisode, il faudra attendre «au moins un an», même si le réalisateur, installé au Maroc, prévoit de rentrer «définitivement à Dakar», «cet été» en principe…Et c’est à partir de ce moment-là qu’il se lancera vraiment dans ce projet qui a l’air de lui tenir à cœur, jugez-en par vous-mêmes : «Pour ce qui est du contrat, pour le moment, c’est une autoproduction qui est prévue. Après mon passage au pitch, j’ai été abordé par des producteurs qui pourraient être intéressés. Ce qu’il y a lieu de faire, déjà, c’est de leur envoyer le projet, et de voir dans quelles mesures il va pouvoir y avoir une coproduction, parce que sincèrement c’est un projet que je ne compte pas laisser entre les seules mains d’un producteur».

Quant à Fatou Kandé Senghor, elle confiera son projet à «la chaîne la plus intéressée», mais «de préférence à une chaîne nationale».

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