Gambie: Les tribulations du Président déchu

 

Par Mbemba DRAME

On le savait téméraire, arrogant et peu soucieux de l’intérêt de son pays qu’il dit aimer tant mais cette propension de l’homme d’Etat qu’il incarnait ne trompait, en vérité que les profanes.

Venu au pouvoir avec la frénésie d’un enrichissement affirmé dans son management des secteurs vitaux de l’Etat, l’enfant de Kanilai s’était fondé sur une stratégie de rigueur pour tromper la bonne foi des populations. Sa stratégie avait été celle d’un centralisme de l’économie dont les rênes étaient détenues par des hommes de  proximité investis de sa confiance absolue.

Toutes les sociétés d’Etats porteuses de fluidités financières avérées étaient confiées, sous forme de prête-nom à ceux-là qui lui obéissaient à l’œil.

Jammeh était alors dans a peau de chef de l’Etat mais dans ses convictions profondes d’opérateur économique masqué. Il avait un espace d’exploitation tentaculaire de tous les secteurs économiques. De nombreux operateurs dans ce secteur qui va de l’industrie alimentaire, jusqu’à l’exploitation forestière des zones de la Casamance voisine en passant par l’agro-pastorale, il n’y avait aucun domaine productif où ce chef d’Etat doublé de businessman attitré ne mettait ses tentacules.

L’idée selon laquelle les hommes de main du chef rebelles Salif Sadio constituaient sa main d’œuvre dans les champs qu’il exploitait a toujours été révélatrice de cette complicité sournoise qu’il entretenait avec les irrédentistes casamançais acquis à sa cause.

Crédité d’une subtilité macabre à s’appuyer sur son incontournable supposée dans le règlement du conflit casamançais. Ce levier stratégique, imprégné de la cupidité de jammeh allait lui valoir un long moment de crédibilité aux yeux des honnêtes autorités alors soucieuses du retour définitif de la paix au sud du Sénégal.

Le souci de renforcement de l’intégrité territoriale et la relance d’activités économiques au niveau d’une Casamance meurtrie constituaient la raison fondamentale de l’engagement d’autorités sénégalaises sur le dur chantier de la recherche d’un retour à la paix définitive en Casamance. Aujourd’hui, plusieurs observateurs au faite du conflit qui sape le moral des populations de cette zone se mettent à l’évidence que le difficile retour à la paix s’explique également par le rôle de faucon joué par l’ex président de la Gambie, yahya jammeh. La paix en Casamance, faut- il le dire a toujours été prise en otage par le pyromane de kanilai qui voyait en ses «amis rebelles»  de fidèles serviteurs de ses causes cyniques et cupides.

L’immense fortune dont il est crédité et son retranchement volontaire au palais mythique de kanilai n’est pas anodin plusieurs observateurs sont unanimes à reconnaitre que le transfert des symboles de la république en matières d’armement, de personnel militaire avec une proximité d’officiers recrutés en dehors de territoire gambien et la pléthore de rebelles, proches de Salif Sadio étaient une stratégie de mettre à l’étroit la propre armée gambienne, obligée de jouer les seconds rôles.

Coupé de ses  bases mystiques, sécuritaires et géostratégiques installées à kanilai, l’aventure de sortie du territoire gambien de Yahya Jammeh a fini par revêtir tous les contours d’un feuilleton de fin de règne sur fonds de calculs. Etre déchu du pouvoir, marchander le poids de ses biens à emporter à l’exil donne à la sortie de Yahya Jammeh une allure de chute aux enfers d’un point de vue éthique et dignité. Si tant était son soucis de se retirer à son kanilai natal, ce tyran déchu qui s’est conforté de l’assurance apportée par ses amis (Ould Abdel Aziz et Alpha Condé) s’en est allé avec un cagot de quatre tonnes de bagages. Aujourd’hui annoncé à Malabo, Yahya jammeh fait l’objet d’un rejet de l’opposition Equato-Guinéenne qui a exprimé haut et fort sa désapprobation de sa présence dans ce pays. N’est-ce pas alors un colis encombrant ? Jammeh qui avait, aux lendemains de sa défaite effectuée un séjour à Conakry, y avait par la suite envoyé dix véhicules de luxes comme pour préparer son départ.

On le sait, Yahya Jammeh savait son destin scellé pour la bonne raison que les différentes organisations qui ont pris son dossier en main n’allaient jamais le laisser faire, il aura ainsi opté pour la stratégie d’un retardement de l’échéance fatale. Le temps de sauver ce qui pouvait encore l’être dans cet énorme gâchis que constituait pour lui le fait de quitter le state house et y laisser les symboles de sa puissance et de sa fortune. En laissant derrière lui la triste image d’un palais mis à sac comme balloté dans une dérive indescriptible, l’ex hommes fort de Banjul laisse également derrière, le triste profil d’un nihiliste qui ,à ses instants de déchéance a joué de toutes les recettes de la tortuosités pour tirer le maximum de profils de sa triste fin de règne.

Le cas Yahya Jammeh en tous cas laisse sur la tapis l’image nébuleuse d’une complicité entre lui et ses deux amis de présidents (Alpha Condé et Ould Abdel Aziz) dont le prétexte d’implication, au-delà du caractère pacifique reste fondée sur des relations matrimoniales qui n’ont absolument pas leur place dans l’espace de gestion de questions aussi sensible que le transfert démocratique du pouvoir dans un contexte aussi particulier que celui de la Gambie qui a failli basculer à la dérive par la faute d’un homme qui en a été le premier magistrat pendant vingt-deux ans.

La paix ainsi revenue constitue un premier pas pour les populations de ce pays qui commence à sortir de la torpeur. Il reste que de persistants grincements de dents marquent les échos de la posture des deux derniers acteurs qui ont officié pour épargner leur ami Yahya Jammeh les affres d’une fin ridicule.

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